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Mon, May 16

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Séminaire ONLINE

GÉOGRAPHIE & MÉDECINE

TABLE RONDE 5 : Maxime Forriez (Géographe) Pierre Bounolleau (Médecin)

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GÉOGRAPHIE & MÉDECINE

Heure & Lieu

May 16, 4:00 PM – 7:00 PM GMT+2

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Maxime Forriez

Échelles et formes géographiques

Selon A. Dauphiné (né en 1942), la géographie est un monde de formes. De nos jours, cette proposition semble dépassée, elle est même ringardisée par une partie de la communauté des géographes. Les recherches actuelles s’orientant toutes vers la « socialisation » de la géographie, c’est-à-dire transformer la discipline en une science sociale, lui faisant quitter de fait son statut de science humaine ou de science naturelle, axer ses recherches sur les liens entre les échelles et les formes géographiques, c’est prendre à contre-pied toutes les structures institutionnelles de recherche publique en place.

Toutefois, un tel sujet permet de retourner non seulement aux sources de la géographie, mais également de toutes les disciplines connexes, car les liens avec les échelles sont partout. On peut très vivre en les ignorant totalement, mais, une fois qu’on les a vus, on ne vit plus qu’eux. Toutes les interprétations géographiques dépendent d’eux, et ce n’est pas un simple problème technique, comme le pense une majorité de personnes, scientifiques ou non. Le choix intrinsèque, et souvent involontaire, d’une échelle pour l’étude d’un objet géographique influence considérablement la perception du monde de son penseur. Toutefois, il se manifeste dans un rapport d’échelles objectivable.

J. Lévy (né en 1952) écrivait que les échelles étaient un « marqueur » disciplinaire pour la géographie. Pourtant, si des approches qualitatives de la notion sont souvent mises en avant, les approches quantitatives sont plus rares, voire de plus en plus exceptionnelles. Il semble que l’objet de la géographie tend à devenir monoscalaire dans le sens où les études se concentrent à une échelle de travail privilégiée, choisie sans grande explication en amont. De fait, les recherches sur les changements d’échelles sont de plus en plus délaissées, voire ridiculisées, par la communauté qui se vante d’en faire son quotidien.

Pourtant, il existe un lien entre les formes spatiales physiques, ou virtuelles, observables sur la Terre et leurs échelles d’observation. Par ailleurs, l’information non géographique contenue dans une forme spatiale, qui justifie par ailleurs la tentative de socialisation actuelle, est également déterminée par les échelles d’observation. Par exemple, le nombre d’habitants contenu dans un territoire donné n’est jamais réparti de manière uniforme ; ce comptage est virtuel. Changer d’échelles en changeant d’unités, en découpant le territoire donné en sous-territoires, offre une nouvelle vision de ce dernier, mais l’articulation quantifiable entre le territoire et les sous-territoires de la variable nombre d’habitants ne s’effectue pas au hasard. Elle suit des lois d’échelles objectivables grâce à la géométrie fractale. Cette présentation propose une initiation à ce type d’analyses en utilisant la théorie de la relativité d’échelle pour interpréter les mesures opérées.

Il s’agit de transformer le raisonnement multiscalaire géographique en « théorie » clé de la discipline, en d’autres termes, d’avancer l’idée que la géographie est d’abord scalaire avant d’être spatiale ou temporelle. Pour y parvenir, le choix de la théorie de relativité d’échelle, développée par L. Nottale (né en 1952), est apparu le plus pertinent, car elle propose des éléments « prédictifs » en termes de lois d’échelles. Ils ont presque tous été vérifiés lors de différentes recherches assez hétéroclites. Toutefois, les résultats qui seront présentés dans cette intervention sont vieux de plus de dix ans. Sans être totalement abandonnée, cette recherche n’a que peu avancée depuis, un jour peut-être, si les circonstances institutionnelles sont meilleures ? Cette intervention n’ira pas au-delà. Il ne s’agit pas de se battre tel Don Quichotte contre des moulins à vent, mais juste de rappeler que ses résultats existent, et ne demandent qu’à être approfondis, corrigés, complétés, voire invalidés.

Pierre Bounolleau

« Médecine traditionnelle et médecine scientifique : vers un dialogue morphodynamique »

La médecine dite « scientifique » que nous connaissons aujourd’hui a commencé à apparaître à partir de la fin du XVIIIe siècle, dans le sillage de nombreuses autres disciplines en plein essor (biologie, anatomie, physiologie). En un siècle et demi, elle a permis des progrès considérables dans la connaissance théorique du corps humain et dans la pratique du soin. Pourtant, elle reste encore très fortement inspirée par la culture déterministe (issue de la mécanique classique) acquise dès ses débuts, et qui n’a été que partiellement infléchie au XXe siècle par l’arrivée massive des modèles

statistiques. Ainsi, depuis quelques décennies, un déficit grandissant d’armature théorique se fait jour au sein de la médecine scientifique dans sa confrontation à certaines situations cliniques fréquentes comme les symptômes chroniques complexes, qui échappent à l’explication causaliste par organes ou systèmes physiologiques, et

résistent volontiers aux thérapeutiques évaluées « scientifiquement » (c’est-à-dire par des outils biologiques et statistiques). De fait, les personnes souffrant de tels symptômes se tournent de plus en plus vers les médecines traditionnelles, qui connaissent ces vingt dernières années un grand essor. Ce retour inattendu ne se fait pas sans tension avec les milieux de la médecine scientifique, révélant la profondeur du fossé culturel et conceptuel entre les deux approches du soin.

Pourtant des modèles théoriques (des systèmes complexes et non-linéaires, de l’auto-organisation, des phénomènes critiques) mieux adaptés à la complexité du vivant existent depuis une cinquantaine d’années, il est vrai dans des disciplines (physique et mathématiques appliquées notamment) dont la médecine est restée éloignée. Nous

proposons l’hypothèse que parmi ces modèles, la théorie des catastrophes de René Thom et le courant morphodynamique qui l’entoure, sont susceptibles de fournir les « mathématiques manquantes » à une conceptualisation rigoureuse des médecines traditionnelles. Seront en particulier évoqués l’articulation dynamique entre forme et structure en physiologie humaine, la place des phénomènes de narrativité dans le fonctionnement de la cognition, ainsi que les applications des théories morphodynamiques aux travaux fondateurs de Claude Lévi-Strauss sur l’articulation des structures syntaxiques et sémantiques dans les récits mythiques, les pratiques artistiques, et certains rites thérapeutiques traditionnels.

Comment Participer :

Le séminaire mensuel aura lieu de Janvier à juin 2022, le lundi une fois par mois de 16h à 19h se déroulera online.

Pour assister et participer au séminaire ONLINE, rejoignez-nous sur le lien : https://videoconf-colibri.zoom.us/j/3688003779

Pour toute information : interdisciplinarites.thom@fcsh.unl.pt

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